Sans le sou, Daniel traîne sa misere dans les rues de Narbonne, en meme temps que deux obsessions : s'acheter un duffle-coat, en pleine vogue (avant celle du loden qui pointe), et l'espoir d'un flirt, qui décidément ne vient pas. Quand un photographe local lui propose de se déguiser en pere Noël et de poser avec des passants, le jeune homme y voit un moyen de financer le manteau convoité. Méconnaissable derriere sa barbe blanche, il commence enfin a attirer la curiosité des filles qui le snobaient, certaines se serrant meme contre lui le temps d'un cliché. Mais la partie n'est pas gagnée... Narbonne en hiver Dédié a Charles Trenet, ce conte de Noël mélancolique, narré en voix off par Jean-Pierre Léaud de son inimitable phrasé, offre a l'acteur un rôle sur mesure. Clin d'eil appuyé au comédien fétiche de Truffaut, Daniel, arpenteur de boulevards, s'arrete d'ailleurs devant une affiche de cinéma.... qui n'est autre que celle des 400 coups. Avec ce manifeste Nouvelle Vague en noir et blanc, Jean Eustache, dont la silhouette apparaît furtivement dans un café sous les traits d'un ancien boxeur, montre surtout son talent a restituer en quelques beaux plans une atmosphere comme a brosser un personnage. Dans Narbonne en hiver, ville de son enfance qu'il filme avec tendresse, sa caméra ardente se glisse dans les pas de l'icône. Mais ce témoignage d'une époque ou des filles faussement prudes s'appellent Martine annonce aussi Mai 68, le héros réclamant, dans une librairie ou lui et ses copains d'ennui chapardent, Cellule 2455, couloir de la mort de Caryl Chessman, livre emblématique d'une génération.